sdf

ya un peu plus d’un quart de siècle quand j’étais un jeune et fringuant branleur, il m’est arrivé de m’occuper de la maison d’accueil pour sdf du bled ou je créchais . Une bonne odeur de BA et d’esprit scout m’enivrais au point de me prendre pour Ghandi ce qui, avouons le, est d’un pathétique plutôt cruel . Pour moi . C’est donc lester d’une bonne demi tonne de bons sentiments que j’accomplissais ce sacerdoce, m’emplissant d’une joie toute chretienne d’offrir mon aide à plus mal lotie que moi .
j’aimais plutôt bien ce truc, tous nos frères dans la rue avaient une vision cyniquement délicieuse de la société (au passage notons que plusieurs d’entre eux, même passablement avinés, m’avaient décrit très précisément ce que deviendrais notre société, de deux choses l’une, ou le Kiravi a des vertus insoupçonnés, ou la contemplation de notre merveilleuse civilisation au ras de la moquette décille franchement les mirettes), ce qui m’a valu des discussions jusquapointd’heure et mâtinées d’éclat de rires mouillés de larmes .
C’est là que j’ai croisé Luis, un jeune espagnol (enfin je crois) . Luis ou le pouvoir de dire ce que l’on pense . Moi j’ai jamais eu les couilles de faire ça, t’es fou et ma situation alors… Luis avait compris intuitivement ce que la plupart d’entre nous ne comprennent jamais, la vie, si belle soit elle peut être une redoutable tartine de merde, deux battements de coeur et pfffuiit plus personne ; Luis avait résolu le problème en décortiquant soigneusement tout ce que sa famille, l’école, la société dans son ensemble lui avait appris . Vous dire qu’il était furieusement punk et rétif à toutes formes d’obéissance, c’est peu . trop peu . Luis était le vent, il étais la pluie, il était le rire ou la colère . Simplement .
Moi au début, con comme j’étais, j’ai voulu lui dire « ça non Luis, ça se fait pas » il me regardait d’un air qui déclenchais en moi des envies d’auto punition à grands coups de fouet…j’ai péché, j’expie…morale judéo-chrétienne alakon© ! Je laissais faire et mon coté ptit bourges se réjouissait des transgressions de Luis . Luis qui s’oubliait tellement quand il s’occupait des autres . l’empathie et la compassion l’habitaient . Il faut l’avoir vu, lui ou un autre de ces anges sur terre pour comprendre ce qu’est l’amour .
Il a disparu un jour, ou une nuit je sais plus bien, mon collègue étant plus « carré » que moi le conflit était permanent entre Luis et lui . Et bien souvent il bouillait de rage de ne pouvoir mater ce « clodo d’Iberie » . Luis, plutôt que d’aller a l’affrontement s’est volatilisé . Et mon collègue de plastronner aussi fier qu’un concierge parisien dénonçant « les juifs du troisieme » à la kommandantur .
Pourquoi je pense à Luis aujourd’hui ? Alors que je suis infoutu à pouvoir retranscrire un millieme de la joie que Luis portait en bandoulière, pourquoi ?
Mes pensées m’amènent souvent vers lui, ce qu’il dirait aujourd’hui de notre vie . Pas vraiment pour savoir ce qu’il est devenu, ça je le sais .
Luis est mort un hiver dans la froidure d’une porte cochère . Seul .

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